Tamim ibn al-Mu'izz Lidin Al-lah Al-Fatimi
(Al-dīwān)
Tamim ibn al-Mu'izz Lidin Al-lah Al-Fatimi
(Al-dīwān)
ديوان تميم بن المعز لدين الله الفاطمي
Né à
He was born in Mahdia in 337 H /949 CE and grew up in al-Manṣūriyyah, the princely city built by Al-Manṣūr near Kairouan in 337 H. He left Ifriqiya for Egypt with his family when he was 25 years old. In his al-Ḥulla as-Siyarāʾ [The Golden-Striped Robe], Ibn Al-Abbar (d. 658 H / 1260 CE), said this about him: “He is the poet of the Ubaydis [Fatimids], undisputed and unchallenged. His standing among them was like that of Ibn al-Muʿtazz among the Abbasids: he had vast learning, a refined literary experience, a felicitous use of metaphor, and a creative imagination.” Although he was the eldest of his siblings, his father al-Muʿizz excluded him from the line of succession to the caliphate. He probably died in 374 H / 985 CE, at the age of 38.
| ما أنت دون ملوك العالمين سوى | روحٍ من القدس في جسم من البشر |
| رياضٌ تناهى الماء في حُسنِ رقمِها | فجاء بها مثل العِذارِ على الخدّ |
| فحُثّا كؤوس الرّاح فيها فإنّني | أرى الصّحو ممّا لا يفيد ولا يُجدي |
L'exclusion de Tamim du califat malgré son aînesse a probablement été un facteur déterminant dans sa vie et dans sa poésie. Primo, il a consacré une grande partie de sa production poétique à son père, al-Mu'izz li-Din Allah, et ensuite à son frère, Al-Aziz Billah. Dans ces poèmes, il chante leurs louanges, leur demande pardon, clame son innocence face aux accusations des calomniateurs et les assure de son indéfectible allégeance et obéissance.
Secundo, son frère lui a offert des domaines et des palais sur les rives du Nil et lui a octroyé de vastes sommes d’argent, comme s’ils avaient conclu un accord tacite : Tamim renonce au califat, s’interdit de comploter pour y parvenir et consacre sa poésie à la famille régnante. En échange, il est protégé et jouit d’un somptueux mode de vie. L’unique ombre au tableau dans cet accord : son bref exil à ar-Ramla. Cette position politique inconfortable explique probablement pourquoi son nom a été lié à celui d’Ibn al-Muʿtazz (m. 296 H / 909 EC), le poète abbaside dont le califat n’a duré qu’un jour et une nuit avant d’être tué. Il a imité sa poésie et s’est probablement identifié à lui.
Il nous est possible de postuler que Tamim est devenu le poète des Fatimides après la mort de Ibn Hani al-Andalusi, avant de rejoindre la famille régnante, partie pour l’Egypte. Dans ses panégyriques, on retrouve dans le menu détail la vie de la cour et les évènements historiques, notamment durant le règne d’al-Aziz. On citera la victoire sur Aghsham al-Qarmati, les célébrations, les fêtes, ainsi que des évènements de la vie personnelle du calife tels que la naissance d’un fils, la maladie, une saignée ou la prise d’un médicament. Dans sa poésie, il défend les dogmes chiites : vilipender les Abbassides, pleurer les membres de la famille du Prophète [Ahl al-Bayt], exalter l’Imam et le considérer comme étant la preuve d’Allah et l’héritier des prophètes ou, comme il dit dans son éloge d’al-Aziz :
La deuxième dimension fondamentale de sa poésie réside dans l’importance qu’il accorde aux plaisirs de la vie. Ce thème ressort clairement dans ses poèmes d’amour et dans les pièces descriptives. Tamim aimait décrire les fleurs et les jardins. Par exemple, on retrouve dans son recueil de nombreuses descriptions de bougies et de fontaines d’eau. A de nombreuses occasions, il a fait calligraphier quelques un de ses vers sur le bandeau d’une servante ou sur le rideau d’une maison ou sur un « tapis de plantes aromatiques » [sur une tapisserie], dans la pure tradition des raffinés et des élégants. Bien que membre de la famille du Prophète [Ahl al-Bayt], il n’hésitait pas à ouvrir grandes les portes de la jouissance et du libertinage, aussi bien dans la vie que dans la poésie. Ce qui explique l’importance de ses poèmes bachiques et des prologues de panégyriques dans lesquels il décrit ses aventures dans les couvents et les tavernes, à la manière de Abu Nawas, et dans lesquels il mélange les thèmes bacchiques avec la poésie amoureuse et cynégétique. Et il excelle dans la composition de singuliers vers de transition.
Malgré l’importance du thème de la glorification de soi [autocélébration], lui le fils du Prophète élu, le lecteur sent un abattement dans certains de ses poèmes, dans lesquels il vilipende son époque ou appelle à boire du vin pour rechercher la solitude et fuir la veille :
Il semblerait que l’essentiel des poèmes qu’il a composés en Ifriqiya ont été perdus. Son recueil ne contient que deux pièces dans lesquelles il présente ses excuses à al-Muizz li-din Allah, composées alors qu’il était encore à al-Mansuriyah
Tamim’s exclusion from the caliphate despite being the eldest son was likely a fundamental factor in his life and poetry. First, he devoted a sizeable part of his poetic production to his father, al-Mu'izz li-Din Allah, and thereafter to his brother, Al-Aziz Billah. In this poetry, he chanted their praise, asked for forgiveness, protested his innocence from the accusations made by slanderers, and assured them of his unwavering allegiance and obedience. Second, his brother granted him estates and palaces on the banks of the Nile and endowed him with vast amounts of money, as if they had struck a tacit agreement: Tamim forgoes the caliphate, refrains from plotting to seize it, and devotes his poetry to the ruling family in exchange for protection from harm and a sumptuous lifestyle. The only downside to this agreement, his brief exile to Ar-Ramla. This awkward political position probably explains why his name has been linked to that of Ibn al-Muʿtazz (d. 296 H / 909 CE), the Abbassid poet whose caliphate lasted one day and one night before he was killed. He emulated his poetry and may have identified with him.
One could argue that Tamim became the poet of the Fatimids after Ibn Hani al-Andalusi’s death, before he joined the ruling family who had relocated to Egypt. His panegyrics contain echoes of the minutest details of court life and historical events, particularly during al-Aziz’s reign. These include the victory over al-Aghsham al-Qarmati, celebrations and festivals, as well as events in the caliph’s personal life, such as the birth of a son, illness, bloodletting and taking medicine. In his poetry, he defends Shi'a tenets, such as reviling the Abbasids, lamenting the members of the Prophet’s family [Ahl al-Bayt], exalting the Imam and considering him to be the Allah’s proof and the heir to the prophets or, as he says in his praise of al-Aziz:
The second, fundamental, dimension of his poetry is the importance of enjoying the delights of life. This is apparent in his love poems and his descriptive verses. Tamim was very fond of describing flowers and gardens. For example, he has several descriptions of candles and water fountains. On several occasions, he ordered a few lines of his poetry to be written on the headband of a maid or a curtain in a home or a “a carpet of herbs”, in line with the custom of the dainty and the elegant. Even though he was a member of Ahl al-Bayt, he did not refrain from opening wide the gates of merrymaking and libertinage, both in his own life and in his poetry. This explains the importance of his bacchic poems and the prologues to his panegyrics, in which he describes his adventures in convents and taverns in the manner of Abu Nawas, and in which he mingles bacchanalia with amorous or venatic poetry. And he excels in composing singular transition verses.
Notwithstanding the importance of self-praise in his collected poems—his being “the son of the chosen Prophet”—we sense a despondency in a number of his poems, in which he deprecates the times, or calls for drinking wine to seek solitude and escape wakefulness:
It seems that most of the poetry he composed in Ifriqiya has been lost. His collected poems only include two pieces in which he apologizes to al-Muizz li-din Allah, composed while he was still in al-Mansuriyah.
مالي عجِلْتُ إلى دُعائِكْ // وحُرمتُ حظّي من لقائكْ
وتركْتَني مُستوحشا // لمّا عزمت على اصطفائكْ ؟
حتّى لقد أوهمْتِني // أنّي أخونُك في وفائكْ
صلّى عليك اللّه من // ملكٍ وزادكَ في حِبائكْ" !
(الدّيوان)
" تمتّعْ بالمسرّةِ والشّبابِ // فقد برزَ الرّبيعُ من الحِجابِ !
فحبُّك والزّمانُ وأنتَ فيه // شبابُُ في شبابٍ في شبابِ
فحيَّ على المُدامِ بكفّ ساقٍ // يُدير الخمرَ من برَدٍ عِذابِ !
يُديرُ بريقِه ويديْهِ خمرا // شرابٌ في شرابٍ في شرابِ"
(الدّيوان)
"لا والمُضَرَّجِ ثوبُهُ // في كربلاءَ من الدّماءِ
لا والوصيِّ وزوجِهِ // وبنيه أصحابِ الكساءِ
أو لا فإنّي للعُصا // ةِ الغاصبين اﻷدعياء
ما حُلتُ يا ذات اللِّمى // عمّا عهدتِ من الوفاء !"
(الدّيوان)
Pourquoi, m’étant précipité pour répondre à votre appel, suis-je privé de la chance de vous voir ?
Vous m’avez laissé esseulé, alors que je me réjouissais d’être en votre compagnie
Au point que vous m’avez laissé croire que je vous trahissais dans votre loyauté
Que les prières d’Allah vous bénissent, O Roi. Puisse-t-Il vous accorder encore plus de faveurs
Savoure la joie et la jeunesse // car le printemps s’est dégagé de son voile
Ton amour, le temps qui te porte // jeunesse après jeunesse après jeunesse
Vite ! le vin est entre les mains d’un serveur // qui sert le vin entre ses délicieuses dents de perle
Il fait le tour, distillant une salive enivrante // élixir après élixir après élixir
Non ! Par celui dont l’habit, à Karbala, fut ensanglanté
Non ! Par le légataire, son épouse et ses fils, couverts par le manteau du Prophète
Assurément, non ! parce je ferais partie des désobéissants, usurpateurs et imposteurs
Jamais je n’ai dévié, O belle aux lèvres de bronze, de la loyauté de vous connue
Why, having rushed to your summons, am I deprived of the chance to see you?
You left me forlorn, when I longed for being with you
You made me think that I was betraying you in your loyalty
May Allah’s prayers bless you, O King, and may He grant you more of His gifts
Delight in joy and youth // for Spring has emerged from its veil
Your love and the times sweeping you // youth upon youth upon youth
Make haste; wine is in the hands of a waiter // dealing wine between delicious teeth of pearl
Around he goes exuding a heady saliva // elixir after elixir after elixir
No! By he whose garment, in Karbala, was stained with blood
No! By the legatee, his spouse and his sons, under the Prophet’s cloak
Indeed, no! Because I’d be one of the disobedient, the usurpers, the impostors
Never have I strayed, O dusky-lipped belle, from the loyalty you know
-توجد مخطوطات كثيرة للدّيوان. وقد نشرت الدّار المصريّة للكتاب الطّبعة العلميّة الأولى من الدّيوان سنة 1957، انطلاقا من تحقيق أوّل قام به اﻷستاذ محمّد حسن الأعظميّ -من الباكستان- واستكمله المحقّقان أحمد يوسف نجاتي ومحمّد علي النّجّار، بالاعتماد على مخطوطات إضافيّة. وهذه الطّبعة هي اﻷصل لبقيّة الطّبعات، وقد اعتمدناها في هذا المدخل.
وأعيد طبع الديوان نفسه سنة 1995، بمقدّمة محمّد حسن الأعظميّ سنة 1981 (بيروت، دار الثقافة).
أهمّ مصدرين ترجما للشّاعر هما :
-ابن الأبّار، الحلّة السّيراء، تح. حسين مؤنس، القاهرة، دار المعارف، 1985، ط2، 1/ 291-301.
-تقيّ الدّين المقريزيّ، كتاب المقفّى الكبير، تحقيق محمّد اليعلاوي، بيروت، دار الغرب الإسلاميّ، 1991، 2/ 588-600.